Ce 2 février, la Sainte Vierge offre son fils à Dieu. Et nous, qu’offrirons-nous sur l’autel du sacrifice ? Nos pénitences de Carême ?
La pénitence, nécessaire depuis le péché, n’a rien à voir avec le
dolorisme ; si elle n’est pas animée par l’amour, elle ne vaut rien. D’ailleurs, elle n’est rien d’autre que l’amour qui se libère de ce qui le gêne. Paul Claudel l’avait bien compris : « Si nous nous faisons chrétiens, ce n’est pas pour notre plaisir et notre confort personnels, et que si Dieu nous fait l’honneur de nous demander des sacrifices, il n’y a qu’à les consentir avec joie. [Et puis ] ces sacrifices se réduisent à fort peu de chose ou à rien. Nous vivons toujours dans la vieille idée romantique que le suprême bonheur, le grand intérêt, l’unique roman de l’existence, consistent dans les satisfactions sensuelles. On n’oublie qu’une chose : c’est que l’âme, c’est que l’esprit sont des réalités aussi fortes, aussi exigeantes que la chair (elles le sont bien davantage), et que si nous accordons à celle-ci tout ce qu’elle demande, c’est au détriment d’autres joies, d’autres régions admirables qui nous seront éternellement fermés. Nous vidons un verre de mauvais vin dans un bouge ou un salon, et nous oublions cette mer virginale qui apparaît à d’autres sous le soleil levant. »
Les formes que doit prendre cette pénitence sont, pour l’essentiel, laissées à la liberté de chacun. Aux âmes scrupuleuses, il importe de rappeler que, s’il est bon de faire de petites mortifications de temps en temps par amour, il faut le faire avec une entière liberté de cœur, sans croire que si l’on omet l’une ou l’autre qui se présente, on fait mal. Le diable parfois tâche ainsi de fausser la conscience et de nous faire croire que nous faisons mal si nous omettons une mortification qui se présente. Il est bon de les faire parfois et, d’autres fois, de les omettre pour conserver notre liberté de cœur.
Aux âmes endormies par le matérialisme et la sensualité, il convient de rappeler les paroles de Jésus : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous » (Lc 13, 3). Nos péchés regrettés et confessés ont été pardonnés par l’absolution, mais il reste une cicatrice dans l’âme que nos pénitences doivent effacer.
Si l’on se propose d’offrir sur l’autel du sacrifice un carême généreux, alors qu’on l’offre avec joie, sans y entrer à reculons. Saint Bernard nous trace l’itinéraire et nous invite aux courageuses ascensions : « le commençant, mû par la crainte, endure la croix du Christ patiemment ; le progressant, mû par l’espérance, la porte volontiers ; celui qui est consommé en charité l’embrasse désormais avec ardeur. »
Saint et généreux Carême.
Abbé Kegelin
